Il y a de ces gens qui semblent n'avoir aucune vie.  Ils ne sont que leur métier qu'on met d'ailleurs sur un piédestal, ils évoluent dans leur environnement de travail et même si on sait bien qu'ils ont une vie parallèle, on ne peut pas les imaginer à l'extérieur de leur milieu naturel.  Quand on est confronté à la réalité, la magie disparaît d'un coup pour laisser place à un espèce de malaise.  On ne sait plus trop comment agir, où regarder. 

Je l'ai vécu aujourd'hui: je déambulais tranquillement au centre commercial au son de la musique festive avec, comme objectif, de remplir le bas de Noël de l'homme (il faisait la même chose dans l'autre partie du centre commercial, c'est notre technique pour maximiser le peu de temps dont on dispose pour régler nos cadeaux) quand tout à coup, je suis tombée face à face avec mon gynécologue.  Oui, oui, celui qui a eu le droit de me tripoter le bedon rond pendant mes grossesses, qui a tout vu de mon système reproducteur et qui a tâtonné mon col maintes fois.  Celui-là même qui m'a ouvert le ventre 3 fois voyant mes organes internes sous toutes leurs coutures.  Sur le coup, il n'y a rien de plus normal, c'est son travail, ça se fait dans un cabinet fait pour ça, on sait qu'il a vu la madame d'avant et qu'il verra les 3 autres qui attendent de l'autre côté de la porte, une de plus ou une de moins!  Mais j'ai toujours eu l'impression que quand je sortais du bureau, il restait là, à tout jamais, gardant précieusement son secret professionnel. 

Le voir se promener dans le même centre commercial que moi alors que je savais pertinemment qu'il m'avait vue dans la pose la moins gracieuse au monde (lire ici les pieds dans les étriers... qui a inventé ça d'ailleurs?  Avec toutes les avancés technologiques, il doit bien avoir un autre moyen d'obtenir exactement les mêmes informations, non?)   Malaise!  Je n'ai pas pu faire autrement que de regarder le plancher, de faire comme si je ne l'avais pas vu, de m'éloigner subtilement malgré qu'il semblait vouloir aller exactement à la même place que moi alors que j'ignorais moi-même où je voulais aller. 

Je sais, il y a des centaines de femmes qui passent dans son bureau, probablement la moitié de celles qui étaient au centre commercial en même temps que moi et qui ressentait exactement le même malaise et ça fait bien trois ans que je ne suis pas allée le voir alors les chances qu'il me reconnaisse étaient plutôt faibles mais tout de même, je ne pouvais m'empêcher de ressentir un malaise de le voir là. 

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