Mon bébé vient d'avoir 3 ans.  Il a 3 ans et il sera toujours notre petit dernier.  Ça fait longtemps que c'est décidé, un peu à contre coeur parce que j'aime porter un petit être dans mon ventre, le sentir bouger et grandir,  j'aime l'allaiter, le bercer, l'admirer.  Mais il faut un jour se rendre à l'évidence: la maison est pleine, la voiture aussi.  Mais outre l'aspect matériel et économique de la chose, ces grossesses ont laissé des marques.  Si la 3e nous a fait connaître le deuil périnatal, c'est la dernière qui aura été la plus angoissante ne sachant pas du tout comment elle allait se terminer.  Nous n'avons plus l'énergie d'affronter tout ça une autre fois.  Nous n'avons pas envie de jouer avec le sort qui pourrait être une fois de trop. 

Cette décision est devenue irréversible à la naissance de notre dernière petite bête mais ce fût un deuil je l'avoue.  J'ai d'abord profité de ma grossesse flattant ma bedaine quasiment 24h/24.  J'ai savouré les premiers mois de notre bébé, passant mes longues journées à le bercer, à le contempler.  Et puis j'ai regardé les gros bedons plein de vie, sentie le cou des nouveau-nés de mon entourage parce que ça me manquait déjà.  Et puis, mon bébé a eu 3 ans et j'ai réalisé que mon deuil était fait.  Il marche, il placote, il s'habille seul, se prépare un bol de céréales sans notre aide.  Il devient de plus en plus indépendant tout en s'accrochant à mes jupes quand je m'éloigne un peu trop.  Mais je réalise que je suis bien avec cette idée de regarder grandir mes petites bêtes.  Mine de rien, le plus grand s'approche tranquillement de l'adolescence!

À première vue, j'aurais cru que mon deuil avait été doux parce qu'il était venu d'une décision logique, réfléchi et complètement partagé par mon homme et moi.  Parce que j'avais eu le temps d'apprivoiser cette décision, de faire un bout de chemin à chaque étape que mon bébé laissait derrière lui.  Et pourtant, je réalise que j'ai commencé à me sentir moins bien, moins heureuse en général sans savoir pourquoi à peu près au moment où j'aurais été enceinte de nouveau (mis à part les 2 premiers qui ont 3 ans d'écart, les autres sont arrivés aux 2 ans à 1-2 semaines près).  Comme si mon coeur attendait d'accueillir un nouveau-né qui ne venait pas.  Comme s'il n'était pas prêt à tourner la page, à passer à autre chose.  

Mon bébé a 3 ans, ça fait quelques semaines que je réalise que mon deuil est fait, terminé, que le sujet est clos et que je n'ai plus d'amertume, encore moins envie de changer d'idée et curieusement, ça fait autant de temps que j'ai l'impression que mon bonheur facile d'avant s'est repointé le bout du nez (sauf en période de SPM évidement).  Tranquillement, les morceaux du casse-tête s'imbriquent les uns dans les autres.

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Toute cette réflexion est venue de la lecture d'un texte magnifique de Mélanie que j'ai envie, que je me dois de de vous partager juste ici: Le deuil.