J'ai souvent eu l'impression de ne pas être née à la bonne époque.  J'aurais probablement dû naître entre la première et la 2e guerre de sorte d'être adulte au tout début de la modernisation (pas question d'aller faire mes besoins dans une bécosse loin de la maison quand même!), juste un peu avant l'émancipation collective et massive de la femme. 

À l'époque où l'homme était pourvoyeur et la femme était au foyer (bon, d'accord, je n'ai pas su le faire à temps plein très longtemps mais j'aurais sans doute été faire du tricot avec les fermières pour socialiser!).  À l'époque où on avait plus d'enfants que le nombre de chambres à coucher.  À l'époque où on semait un grand jardin (à partir des semis faits quelques semaines auparavant) au printemps pour vivre des récoltes tout l'hiver (on a mangé notre dernière courge en février, on s'en approche!).  À l'époque où tous avaient quelques poules pour avoir des oeufs frais (je me doute qu'ils mangeaient les coqs mais je n'y suis pas encore prête!).  À l'époque où tout ce qu'on achetait de transformé c'était de la farine pour faire le pain, les tartes et les biscuits (tiens donc, ça ressemble à chez nous ça!).  À l'époque où des vacances, ça se prenait à quelques heures de route, sur le bord de la mer (nous aimerions bien les passer en Provence ou dans le sud mais en profiterait-on avec les enfants?). 

poules

Vous me direz que ça sonne fortement anti-féministe mais ce n'est pas le cas.  Pas plus que je sois pro-féministe. Je suis pro-choix dans la vie en général.  Le métier de l'homme nous apporte des avantages sociaux et une stabilité assurée par un contrat pendant des années alors que mon corps est le seul capable d'enfanter et d'allaiter, ce sont des faits indéniables.  Si nous avions pu faire le contraire, nous l'aurions fait sans hésiter, l'important n'étant pas qui procure l'avantage mais d'en tirer le maximum au bénéfice de la famille. 

Avec l'arrivée des enfants, nos valeurs se sont affinées et nous ont ramenés aux sources, à la terre.  On recycle, on récupère, on achète de seconde main quand c'est possible, tantôt par soucis d'économie, tantôt pour diminuer l'impact, à petite échelle, de notre consommation.  On favorise l'auto-suffisance pour pouvoir contrôler ce que nous mangeons et utilisons au quotidien, parce que ça coûte moins cher mais surtout, pour le plaisir de le faire et pour faire connaître la valeur des choses aux enfants. 

fleurs

Quoiqu'on se sente de moins en moins seuls dans notre petite marginalité et qu'on contamine de plus en plus de gens dans notre simplicité à notre façon, on réalise bien qu'on a un mode de vie plutôt différent.  Aux yeux d'une grande partie du monde qui nous entoure, on a sans doute l'air de venir d'une autre époque avec nos 2 immenses jardins qui nous nourrissent de courges jusqu'en février et en haricots verts jusqu'à l'été suivant et nos poules qui nous offrent 5 douzaines d'oeufs par semaine ces jours-ci.  On pense sans doute qu'on se donne bien du trouble à fabriquer notre pain chaque semaine mais c'est si bon et tellement peu compliqué quand on a pris la routine de le faire 2 fois par semaine. 

Sur ce, je vais aller étendre la brassée sur la corde!

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