Le mois de juin est toujours un mois difficile.  Bien sûr il y a la fatigue d'une année entière accumulée.  Le soleil, la chaleur, on attend plus que les vacances ne commencent.  On ferme la boucle de bien des activités qu'on reprendra assurément à la fin de l'été.  Pour les familles militaires, il y a une couche de gris qui s'ajoute: celle des déménagements.  Nous sommes loin de nos familles et nécessairement, on côtoie ceux qui vivent la même réalité que nous et on créé des liens rapidement avec ceux qui partagent notre vision de la chose.  Si en mars et avril, on a une bonne idée de ce qui s'en vient, c'est en juin que les déménagements s'amorcent.  Les pancartes "à vendre" pullulent, les voyages de recherche de domicile s'accumulent.  Autour de nous, les gens ne font pas que changer de maison ou de quartier, ils déménagent à l'autre bout du pays aux 4 ou 5 ans.

Depuis 9 ans, nous sommes ceux qui restent derrière.  Nous sommes probablement plus affectés que ceux qui partent parce que nous ne vivons pas la fébrilité de découvrir un nouvel endroit, l'amusement de redécorer une maison ou celle de voir de nouvelles attractions.  On perd le contact quotidien ou hebdomadaire avec les gens qu'on apprécient, à qui on avait donner toute notre confiance.  Cette année est probablement la plus difficile de toutes: non seulement plusieurs amis déménageront mais également ma grande soeur et sa famille.  Les enfants perdront leurs cousins en même temps qu'environ le quart de leurs amis.  Mlle C. verra son enseignante déménagée, elle qui avait enseigné à son grand frère et qui devait enseigner aux plus petits.  Les garçons perdront également leur garderie et la merveilleuse éducatrice sur laquelle on avait enfin mis la main après tant d'essai-erreur.  Elle ne déménage pas mais ce sera un deuil pour eux et surtout pour nous.  Et voilà que même la chauffeuse d'autobus, la même depuis la première journée de maternelle du plus grand il y a 5 ans, nous apprend qu'elle changera de trajet l'an prochain. 

En quelques semaines, les enfants perdront quasiment tous leurs repères et nous devrons accorder notre confiance à un paquet de gens essentiels dans notre vie mais que nous ne connaissons pas du tout.  Plus la fin du mois approche, plus la boule dans la gorge grossit et les larmes sont difficiles à retenir. 

Mais ce qu'il y a de beau avec le monde militaire, c'est que malgré la grandeur du Canada, il n'y a qu'une dizaine de bases d'Armée de terre; assurément qu'on se recroisera quelque part à un moment où on s'en attendra le moins. 

fleur