Je suis tombée sur un billet du blogue Cocoon Bien Naître qui parlait de la place de l'homme (pas le mien spécifiquement mais en général!) dans la parentalité et des rôles distincts des deux parents au sein de la famille.  J'avais envie d'y mettre mon grain de sel parce que ça m'interpelle énormément: les gens autour de nous envient souvent le couple que nous formons.  L'homme est extrêmement présent et impliqué.  Puisque mes soeurs ont des hommes qui viennent du même moule, je pensais que c'était la norme, mais je réalise de plus en plus que nous sommes juste bien tombées toutes les trois.  Que ce n'est pas comme ça dans toutes les familles de 2016. 

J'avais commencé mon billet, mon ordinateur a manqué de pile, j'en ai donc profité pour solliciter l'homme pour entendre son opinion sur le sujet.

Mais qu'est-ce qui se passe? 

J'ai l'impression que, quelque part entre les années 60 et aujourd'hui, les femmes et les hommes se sont perdus de vue.  C'est comme s'ils avaient pris un chemin différent quant à leur rôle au sein de la famille, qu'ils n'avaient pas évolué au même rythme.  L'homme pense que tout remonte à la 2e guerre mondiale alors qu'il y avait un manque de main-d'oeuvre, que la femme a été obligée d'aller travailler et qu'elle a réalisé que c'était chouette de prendre une pause des enfants finalement!  Je trouve que ça a bien du bon sens comme théorie. 

Tout commence avec la maman...

La maman a enlevé son tablier, elle est entrée sur le marché du travail tout en devant assumer les mêmes responsabilités qu'autrefois: faire les repas, donner les bains, habiller les enfants de façon convenable, nettoyer la maison, faire le lavage de tout le monde et j'en passe.  Évidemment, elle a trouvé des solutions: au diable le jardin et les conserves, on ira à l'épicerie.  On ne fabriquera plus les pyjamas et les chandails, désormais, on les achètera.  Tout ceci engendrera des coûts, en plus de la garderie, qui seront assumés par le salaire que la maman gagne.  Celle-ci est à bout de souffle plus souvent qu'autrement et se retrouve coincée dans un espèce de cercle vicieux que le SPM n'aide pas à dédramatiser.  Elle a non seulement besoin d'un papa nouvelle génération, mais elle le revendique.  Parce que ceci aussi a changé: la femme soumise, vue quasiment comme l'animal domestique de son mari à un certain moment de l'histoire, est devenue une personne à part entière avec ses opinions et ses convictions. 

Et le papa lui?

On parle beaucoup de la femme superwoman mais le pauvre papa, il ne l'a pas facile: il est coincé entre 2 générations.  Avant lui, il y a les papas anciens, ceux qui ont gardé l'instinct de chasseur-cueilleur.  Celui qui vit pour travailler et qui ramène l'argent qu'il récolte.  Celui qui reçoit sa satisfaction à grands coups d'heures supplémentaires (davantage parce qu'il se sent essentiel et non pour l'argent que ça lui rapporte) et les promotions, les échelons gravies, font sa fierté.  Il se sent important au travail.  Celui qui a vu sa femme aller travailler mais qui garde en tête que ce n'est qu'un passe-temps, une façon pour elle de socialiser puisqu'il n'a aucun doute sur le fait que sa femme trouve toujours sa satisfaction auprès des nez morveux qu'elle essuie avec sa manche et sa fierté auprès des planchers qu'elle garde propres.  Il n'a pas compris ce que ça impliquait dans la vie familiale. 

Ces papas-là prendront leur retraite très bientôt, mais en attendant, ils sont souvent les cadres, les patrons et n'attendent pas moins de leurs employés (les papas modernes) qu'ils soient aussi dédiés qu'eux à leur travail.  Du moins, c'est le cas dans le métier traditionnel que l'homme exerce. 

Eh bien le papa moderne...

Il y a une nouvelle génération de papas pour qui, les priorités ont changé.  Sa femme, sa progéniture, ils sont toute sa vie.  Il a conscience du temps qui passe mais surtout de l'impact qu'il peut avoir sur la vie de ceux-ci.  Il a envie d'avoir un autre rôle que celui de pourvoyeur.  Il a envie de changer les couches, de bercer la chair de sa chair, de se batailler avec son garçon et de jouer à la poupée pour voir sa fille avec des étoiles plein les yeux.  Il a conscience du fait que maman travaille autant d'heures que lui et qu'elle revient, elle aussi, du bureau crevée.  Il a compris que, quand il s'occupe de faire le macaroni au retour du travail, de faire la vaisselle ou de donner les bains, maman est heureuse, les enfants sont plus calmes et la vie de famille est plus qu'agréable. 

lhommemoderne

... il tente de trouver sa place.

Malgré toute sa bonne volonté, l'homme moderne a un bâton dans les roues: il a un patron ancien qui ne comprend pas qu'il ait envie d'être à la maison, le matin, pour mettre les enfants dans l'autobus et être de retour pour le souper.  Il a un patron qui ne comprend pas qu'il n'ait pas envie de faire des heures supplémentaires ne serait-ce que pour éviter d'entendre des cris et arriver à la maison quand tout le monde dort.  Il a un patron qui comprend encore moins pourquoi c'est lui qui doit absolument aller chez le dentiste avec le plus grand ou rester à la maison avec le petit qui fait de la fièvre: "Ils n'ont pas une mère ces enfants-là?".  "Oh oui, mais ils ont aussi un père ce qui permet à maman de souffler un peu quand ça fait déjà 6 fois qu'elle annule une journée de travail pendant les 3 dernières semaines."  Le papa nouvelle génération se retrouve coincé entre son patron de la vieille génération qui souhaite le voir au bureau 18h/24 et la maman exténuée qui s'attend qu'il soit présent à 100% quand il est à la maison. 

C'est bien beau la thérorie mais...

C'est là que j'ai eu besoin des lumières de l'homme: pourquoi, autour de nous, il reste autant de jeunes papas qui semblent de la vieille génération?  Pourquoi ai-je autant d'amies dont le conjoint a profité du congé parental pour jouer à des jeux vidéos ou aller à la pêche et ça, c'est quand ils ne sont pas carrément retournés au boulot bien avant le moment prévu au départ?  

L'homme n'a pas évolué au même rythme que la femme, ce qui est plutôt normal selon l'homme (je parle ici de mon homme!): pour qu'il y ait évolution, ça prend d'abord un déclencheur et ça prend des dizaines d'années.  La femme a été forcée de s'adapter rapidement (façon de parler: la femme est allée travailler pendant la première guerre aussi mais elle est retournée aux fourneaux dès la fin du conflit) et d'aller travailler quand la guerre est survenue.  Le déclencheur qui mènera à une modification du rôle de l'homme, c'est justement la maman qui a fait son entrée sur le marché du travail et sa sortie de la cuisine.  Toutefois, ça fait 80 ans que la guerre est terminée et la femme continue de se battre pour avoir une place égale à l'homme sur le marché du travail.  C'est tout récent que la société ait accepté que la femme puisse travailler tout en ayant une famille.  L'homme commence donc tout juste à s'adapter à tout ceci.  Il faut être patient et lui laisser du temps pour que le changement soit complété.

Darwin, il en dirait quoi?

Parce qu'une analyse ne serait pas sérieuse sans un brin de science!  J'ai parlé beaucoup de l'évolution de l'homme, de sa place au sein de la famille (du moins la vision que j'en ai).  Est-ce qu'on peut vraiment associer la modification de la place du papa dans la famille à la théorie de l'évolution de Darwin ou est-ce un peu trop exagéré?  Quand on regarde les 3 principes sur lesquels repose sa théorie de la sélection naturelle, c'est fort possible:

Le premier principe est celui de la variation qui explique que les individus sont diffèrents les uns des autres: nous avons, en 2016, un joyeux mélange d'hommes carriéristes, d'hommes avec des valeurs familiales très fortes et d'hommes qui ne vivent que pour profiter de la vie. 

Le second est le principe d'adaptation qui soutient que les individus les plus adaptés au milieu survivent et se reproduisent davantage: bien que les hommes moins familiaux n'en meurent pas nécessairement, je remarque que les plus grosses familles autour de moi ont, en grande majorité, un papa très impliqué à leur tête.  Un papa qui voit son travail comme un moyen de subsister et dont la famille est la source de son bonheur. 

Le principe d'hérédité, enfin, qui pose que les caractéristiques avantageuses dans une espèce doivent être héréditaires.  Pour ce troisième critère, je pense que c'est l'avenir qui nous le dira, quand nous pourrons voir comment sont les enfants des papas modernes! 

On s'en rejasera dans une quinzaine d'années!