Quand on a eu notre aîné, on l'a stimulé, surstimulé même.  Pas parce qu'on voulait en faire un génie, non plus parce qu'on voulait qu'il soit le meilleur ou le plus rapide.  On le faisait parce qu'on avait du temps.  On le faisait parce qu'on se sentait fiers quand il réussissait quelque chose qu'on lui avait montré, on se sentait drôlement compétents dans notre rôle de parent.  On le faisait parce qu'on aimait passer du temps avec ce petit bout d'homme qui ne demandait pas mieux que d'apprendre.  À deux ans et demi, il connaissait le nom de tous les camions de chantier, à 3 ans il connaissait les couleurs et quelques lettres. 

Et puis sa soeur est arrivée.  On a vite réalisé que c'était un peu moins évident, mais on sortait les casse-tête ou la pâte à modeler quand elle dormait ou alors on sollicitait son aide pour stimuler sa soeur, lui faisant travailler du même coup sa propre motricité fine ou globale.  Si on avait commencé vers 6 mois à stimuler fiston à marcher avec ses petites bottines et beaucoup d'aide,  sa soeur s'est levée quand elle en a eu envie avec ses petites pantoufles dans les pieds et elle a fait ses premiers pas entre 2 meubles au même âge que son frère.  

Et puis, il y a eu mini et le petit dernier.  On a manqué de temps et on a choisi où on allait investir le peu qu'il nous restait une fois la routine quotidienne terminée, c'est à dire davantage en câlins qu'en pédagogie!  On a appris à lâcher prise en se disant que même si le petit dernier ne savait pas ses couleurs à 26 mois comme l'aîné, il les connaîtrait bien en commençant la maternelle au même titre que la propreté! 

Et puis, dimanche dernier, les enfants ont eu envie de faire leurs listes de Noël avec les catalogues, les ciseaux et tout ce que ça implique de logistique.  Fi-fille demandait l'orthographe des mots sans relâche pour s'assurer de ne pas faire d'erreur, mini a réclamé le catalogue de son petit frère qui ne voulait pas le lui donner.  Un des deux s'est mis à dérouler le ruban gommé.  Papa a fini par découper les 2-3 jouets que le plus petit souhaitait coller sur sa liste pour passer le catalogue rapidement à son frère.  Il y avait des retailles plein le plancher, les enfants avaient les doigts collés, l'heure du dodo était largement dépassée ce qui augmentait dangereusement le risque que l'un d'eux termine l'activité avec un oeil crevé. 

Cet après-midi, j'ai quitté le bureau très tôt et j'ai récupéré mon bébé à la garderie.  Nous avions une heure tranquille ensemble avant que les grands ne reviennent de l'école et il semblait déçu de ne pas avoir fait de bricolage à la garderie.  J'ai donc eu l'idée de lui faire faire la liste destinée à son parrain et sa marraine puisqu'il adore feuilleter le catalogue de jouets.  Après un grand ménage de notre boîte de matériel de bricolage pour retrouver les ciseaux pour enfant, ce qui lui a permis de découvrir du même coup l'existence du friseur de papier, nous nous sommes assis pour choisir ce qu'il voulait mettre sur sa feuille et j'ai vite réalisé qu'on ne lui avait pas appris à découper!

Mais quel genre de parents étions-nous?  Comment j'avais fait pour sauter cet apprentissage, moi qui suis restée à la maison à temps plein les 2 premières années de sa courte vie et qui ne travaille qu'à temps partiel depuis, afin d'être présente.  On fait de la pâte à modeler chaque semaine, on fait des casse-tête de 24 et même de 48 morceaux ensemble, on dessine des bonhommes, cuisine des douzaines de biscuits mais on n'a jamais fait de découpage!  Il allait avoir 4 ans bientôt et ne savait même pas tenir ses ciseaux correctement, il connaissait encore moins le principe d'ouvrir les lames pour y glisser le papier. 

Qu'à cela ne tienne, nous avons fait du découpage tout l'après-midi. De 14h30 à 16h30, sans relâche, il a découpé!  Je ne voulais pas m'acharner mais il a découvert à quel point c'était chouette de contrôler l'outil réservé jusqu'alors aux grands et de découper des feuilles de papier.  Il m'a fait dessiner encore et encore des chemins sur des feuilles, tantôt de façon aléatoire, tantôt de façon à former un visage.  Il a ajouté de la couleur avant de les découper minutieusement sur les pointillés et de friser les bandes qu'il avait créées.   Le voilà maintenant champion du découpage!

découpage101

 

Enregistrer