Lundi, comme la plupart des lundis, c'est ma journée de congé avec mon bébé. C'est l'avantage de travailler à temps partiel : les fins de semaine s'étirent un peu plus et les débuts de semaine sont moins stressants. J'avais une belle liste de choses à faire : laver le frigo pendant qu'il est vide, passer l'aspirateur de haut en bas pendant qu'il n'y a pas trop de petites pattes pour les salir, je voulais même laver les planchers si j'en avais le temps entre 2 jeux. Je voulais cuisiner des biscuits pour mes petites bêtes savantes parce qu'ils aiment ça, les lundis, quand ça sent bon au retour de l'école. J'avais prévu aller dehors avec mon petit dernier aussi parce qu'il devait faire beau.

J'aurais dû m'en douter dimanche soir quand j'ai commencé à avoir mal à la tête. Rien de bien méchant, j'ai pris une Advil, j'ai baissé la lumière et j'ai couché ma tête sur les genoux de mon homme pour écouter la télé. Ça avait presque passé. Pendant la nuit, je savais qu'en me réveillant ce serait insupportable. Je n'ai d'ailleurs pas pu me lever du lit. Juste le bruit des enfants qui se préparaient attisait l'élancement du côté gauche. Heureusement, j'avais un petit minou bougon ce matin-là, qui n'a pas demandé mieux que de venir se recoucher avec maman pour écouter les petits bonhommes à la télévision. Nous sommes restés couchés jusqu'à 9h, je me suis même rendormie. On a pu déjeuner (avec, en accompagnement, une pilule spéciale migraine s'il vous plaît). Je pensais bien que ça passerait, j'ai même poussé l'audace jusqu'à faire mon lit et prendre une douche. Et là, c'est reparti de plus bel mais avec la totale : les nausées sont apparues et je ne supportais plus rien, pas même ma queue de cheval. Il a fallu que je tire un rideau, que je prenne une Advil et que j'aille me coucher. (Pour ceux et celles qui se le demandent, fiston a joué au Lego tranquille puis il est venu me rejoindre.)

La migraine, c'est un mal bien difficile à comprendre quand on en a jamais eu. Comment peut-on avoir mal à la tête au point de ne rien pouvoir faire d'autre que de se coucher? Au point d'en être malade? Au point de vouloir se rouler en boule dans un coin en pleurant? C'est sournois, parfois il y a un signe, parfois non. Parfois ça part rapidement avec une Advil, parfois le gros arsenal n'y arrive pas et ça dure des jours.

superlune

Ça fait si mal qu'on se souvient de la première fois. Moi, en tout cas, je m'en souviens très bien : je devais avoir 14 ou 15 ans, je gardais les 3 enfants d'un ami médecin. Je me souviens que peu après le souper, j'ai commencé à avoir mal à la tête légèrement. Quand les enfants sont allés au lit, ça a empiré, les pulsations semblaient suivre mon rythme cardiaque. La nausée s'est installée au point où ça m'a rendue malade. Je pensais avoir attrapé la gastro. Je m'étais allongée dans le salon, juste à côté de l'entrée, en attendant le retour des parents, c'était la seule position qui me soulageait. L'avantage de garder chez un médecin, c'est d'avoir un diagnostique rapidement à son retour. Il a bien vu que je n'allais pas: « Ça, c'est une migraine fille. » qu'il m'a dit après lui avoir décrit mes symptômes. (Je ne pense pas qu'il ait dit fille mais ça sonne bien!). Vraiment? Une migraine? Je savais au moins à quoi m'en tenir et j'ai su qu'une simple Advil pouvait m'aider quand ça arrivait même si, plus souvent qu'autrement, j'endurais sachant que ça passerait rapidement. Et puis, c'est revenu de temps en temps, et ensuite plus souvent, toujours au moment des règles. Désolée, messieurs, pour les détails mais c'est comme ça : les changements hormonaux ne se font pas avec le cycle lunaire mais bien avec le cycle menstruel et l'impact est non seulement sur l'humeur qui devient massacrante mais aussi sur tout ce qui se passe dans le corps. La bonne nouvelle pour vous, c'est que les endorphines libérés au moment de l'orgasme est un puissant remède!

Et puis, à 22 ans, je suis tombée enceinte et je n'ai plus eu de migraine. Plus aucune! J'ai été 8 ans sans migraine. Je pensais que c'était les grossesses qui avaient replacer quelque chose dans mon cerveau. Je pensais vraiment en avoir fini avec les migraines jusqu'au jour où, pour m'aider à gérer mes SPM monstres après la naissance du petit dernier, mon médecin m'a prescrit la pilule contraceptive. Ça aussi je m'en souviens très bien. J'avais recommencé la pilule au même moment où nous avions prévu un allée-retour de 3 jours à Montréal pendant la fin de semaine de la fête du travail. Neuf heures de route dans un sens, neuf heures dans l'autre. Tout ça pour que l'homme puisse participer à son tout premier demi-marathon avec sa sœur alors que la mienne courait le marathon complet. Une magnifique fin de semaine. Tout a commencé sur le chemin du retour. À Edmunston plus particulièrement. Un tout petit mal de tête s'est installé alors qu'on devait arrêter pour souper. Personne n'avait faim mais il fallait faire une pause toilette et se dégourdir. J'en ai profiter pour boire un peu et prendre une Advil. Les trois heures de route qui restaient à faire ont été les plus horribles de ma vie. Une douleur vive, par pulsation d'un côté de la tête. Je ne supportais plus les obstinations des enfants qui avaient hâte d'arriver. Je me tortillais dans tous les sens pour me trouver une position confortable et tolérable mais il n'y avait rien à faire. Le mal de coeur s'est installé et j'ai eu du mal à le gérer. J'ai pleuré dans l'espoir de faire diminuer la pression qui s'accumulait de plus en plus dans ma tête. Ce n'est pas compliqué, je pensais devenir folle. Quand l'homme a stationné la voiture, je me suis dirigée, à la course, dans la salle de bain lui laissant la charge des valises. Je me suis déshabillée et je me suis couchée en pleurant. J'avais dépassé le stade de l’insupportable depuis longtemps. Mon pauvre homme a dû décharger la voiture et coucher les enfants seul. Le lendemain, le mal de tête était encore présent, en voulant prendre ma pilule contraceptive, je me suis rappelé mes migraines d'adolescente et j'ai fait une recherche rapide : la pilule contraceptive peut déclencher des migraines chez ceux qui y sont déjà sensibles. Ai-je besoin de mentionner que le paquet est allé à la poubelle? Le surlendemain, je n'avais plus aussi mal mais je sentais une espèce de douleur fantôme, comme un souvenir des 2 jours précédents ou l'annonce de ce qui m'attendait dans quelques heures. Je sentais que c'était fragile. Effectivement, au moindre effort physique, ça reprenait de plus bel, m'empêchant de vaquer à mes occupations les plus simples. J'avais d'ailleurs voulu racler les feuilles avec les enfants et c'est revenu d'un coup sec au point de laisser tomber le râteau au sol et de rentrer me coucher en pleurant. Cette migraine aura duré pratiquement une semaine. Jusqu'à présent (je touche du bois), ça aura été la plus forte.

J'ai cru, espéré même, que le fait d'arrêter la pilule contraceptive allait enrayer le problème, mais non. Le mal est fait, la petite brèche s'est ouverte de nouveau. La migraine me visite encore périodiquement, une fois par mois, parfois plus, parfois moins. Les enfants ont vite compris que « maman a mal à la tête » est à prendre au sérieux. Quant à mon homme, il le voit juste à la tension qui s'installe sur mon visage et il m'apporte une Advil avant même que j'aie dit quoique ce soit.

Même si c'est douloureux, pénible et parfois insupportable, j'en ai l'habitude et, disons-le, j'ai une bonne tolérance à la douleur. Toutefois, ce qui me dérange, c'est qu'il s'agit souvent d'un mal héréditaire et ma cocotte a commencé à montrer des signes de migraine elle aussi. Nous allons devoir nous fabriquer un bunker à l’abri du bruit et de la lumière bientôt!

* Pour ceux qui s'inquiètent, mon médecin est sur le dossier et nous testons différents moyens de les contrôler, le premier étant la prise d'Advil à la moindre petite douleur ou tension. Nous avions trouvé quelque chose d'efficace mais malheureusement, le médicament en question ne se fait plus et celui qui le remplace ne semble pas m'aller!

** Pour ceux qui se le demande : oui, j'achète mes Advil au Costco et je vide la boîte avant qu'elle n'expire!