Autour de moi, les femmes enceintes poussent comme de la mauvaise herbe. Des amies, des collègues, des connaissances, il y en a partout. Comme je m’ennuie de la maternité, ça me fait toujours plaisir de les entendre jaser de leurs petits bedons qui commencent à s’arrondir, de l’échographie imminente et des mouvements intra-utérins qui débutent. Un jour, la conversation a touché une corde que je ne croyais pas sensible. Une collègue qui a raconté son accouchement difficile qui a tourné en césarienne d’urgence, du papa en larmes qui venait de perdre son petit bébé alors que son conjoint attendait pour revêtir la tenue appropriée pour la rejoindre dans la salle d’opération. Une maman enceinte jusqu’aux oreilles avait tout entendu. Elle a voulu savoir quelles complications pouvaient bien arriver en fin de grossesse si près de l’accouchement.

J’ai pensé à toutes les mamans ayant perdu un bébé que j’ai croisées depuis quelques années. Certaines au tout début, d’autres en milieu de grossesse, plusieurs à la toute fin alors qu’elles pensaient que les dangers étaient écartés.  Je n’ai pas eu envie de lui expliquer. Parce que j’ai eu le bonheur de vivre 2 grossesses sans stress pendant lesquelles je n’aurais pas cru possible qu’on puisse perdre son bébé passé les 3 premiers mois, encore moins à terme. Il y a bien notre fi-fille qui nous a fait une frousse et pour qui on a eu besoin d’un suivi plus serré. Si les médecins avaient des craintes, ils se sont bien gardé de nous les partager.

Et puis il y a eu la grossesse des jumeaux durant laquelle nous sommes partis une vingtaine de fois de la maison, la peur au ventre de ne pas entendre ou  voir les petits cœurs de nos bébés jusqu’à cette journée où tout a basculé. Ce jour où nous avons vécu notre premier deuil, le deuil de notre fille. Et puis il a fallu poursuivre la grossesse. Quatre mois à angoisser à l’idée de perdre notre petit garçon. Le jour de l’accouchement, c’est avec la peur dans nos valises que nous sommes allés à la maternité.

Cette angoisse que notre petit homme ne pousse jamais son premier cri. Cette peur de repartir les bras vides. Une peur qui ne s’est pas avérée mais qui a été suivie du silence lourd de notre fille née sans bruit. On a passé les premières semaines de sa vie sur le bout des orteils surveillant sa respiration. On a passé une semaine d’enfer alors qu’il était hospitalisé pour une infection.

Et puis il y a eu cette 4e grossesse qui a été tout sauf sereine. Mais on le savait : plus jamais on aurait la naïveté de ces parents qui croient que ça n’arrive qu’aux autres. Parce que depuis 5 ans, nous sommes ces autres sur qui le malheur a frappé.

Je n’ai pas eu envie que cette maman au bedon rond perde cette naïveté. J’avais envie qu’elle garde ses lunettes roses et j’ai devancé celles qui s’apprêtaient à tout lui révéler avec un simple: « Tu n’as pas besoin de le savoir, ce qui pourrait arriver ne peut pas se prévoir de toute façon. »

naivete

Billet publié sur le blogue Parents Orphelins