Aujourd'hui, j'ai pris conscience du monde dans lequel on vit. Ou plutôt du fait que ce monde de fou n'existait pas qu'aux nouvelles du soir. J'ai eu la peur de ma vie. J'ai eu peur de ce qui pouvait arriver à mes enfants.

Je travaille sur la base militaire et cet après-midi, j'ai terminé le travail plus tôt que prévu. Je me suis dirigée vers la garderie du petit dernier qui est juste à l'entrée de la base. Au feu de circulation, deux voitures de la police militaire barraient la rue où je devais me diriger. Deux policiers me faisaient face avec leur arme dans les mains alors que deux autres étaient en position de tire dos à eux. C'est plutôt courant de voir les différents corps de métier de la base s'exercer aux abords de la base mettant à profit les civils qui y habitent. Un barrage où des policiers nous demandent notre identité pendant que des militaires armés arrêtent des voitures pour fouiller le coffre, c'est chose courante ici. Ils n'avaient toutefois pas l'air enclin à laisser passer les gens alors j'ai simplement tourné à droite pour éviter de les déranger sachant que je pouvais passer par la rue transversale pour me rendre à la garderie.

J'ai fait le long détour mais à l'approche de ma destination, deux autres voitures de police barraient la rue exactement à l'endroit où je devais tourner pour entrer dans le stationnement de la garderie. J'ai ralenti (quoique je ne roulais pas très vite) et je me suis approchée n'ayant aucun doute qu'ils me laisseraient tourner. Le policier face à moi m'a fait de grands signes m'indiquant de reculer alors que j'étais encore à cent mètres de lui. J'ai immobilisé ma voiture, perplexe. La policière à ces côtés, en position de tir, s'est retournée rapidement pour me faire de grands signes pour que je m'en aille. De toute évidence, ça n'avait rien d'un exercice. Il se passait quelque chose de sérieux. J'ai reculé lentement en me demandant comment j'allais bien pouvoir récupérer mon fils.

Mon bébé était dans le quadrilatère protégé par les policiers, je n'avais aucune façon d'aller le chercher. Je me suis stationnée et j'ai envoyé un message texte à sa gardienne qui n'avait aucune idée de ce qui se passait à l'extérieur et je l'ai avisée de rester à l'intérieur avec les enfants. L'aîné devait marcher de son école à celle de sa sœur (tous les deux dans le même quartier que la garderie mais un peu plus loin de l’événement) où je devais les récupérer. Mon cœur s'est arrêté un instant : même si c'était peut-être une fausse alerte ou une mauvaise blague, mon fils allait tout de même se diriger vers l'endroit où il y avait quelque chose d'assez sérieux pour qu'on ait dressé un périmètre de sécurité avec des policiers armés.

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Je suis donc allée directement à son école pour aller le chercher. Dans la fenêtre, une note indiquait qu'ils étaient en mode « Lock and secure ». Personne ne pouvait entrer ni sortir de l'école. J'étais soulagée. Je savais que l'école de ma fille avait eu la même directive étant encore plus proche du périmètre de sécurité et j'avais maintenant la certitude que mes enfants étaient tous en sécurité là où ils étaient. Je l'ai été davantage en recevant le message texte de la gardienne me disant que la circulation avait reprise autour de chez elle et au même moment, la directrice a retiré la note et a ouvert la porte avec le sourire!

Tout ça s'est déroulé en 5 minutes à peine, 10 tout au plus, mais j'ai mis quasiment trente minutes à cesser de trembler et à reprendre un rythme cardiaque normal! Je ne sais toujours pas ce qui s'est passé sinon que la procédure a duré presque une heure dans les écoles des enfants et qu'un homme a été mis en état d'arrestation. Toutefois, je suis extrêmement reconnaissante envers tout ceux qui ont eu un rôle à jouer auprès de mes enfants.

Le monde est peut-être fou, mais il existe encore des gens bons en qui j'ai une énorme confiance qui entourent mes enfants.