Oh non, je n'ai pas accouché d'un bébé!  Ou du moins, pas d'un bébé au sens propre du terme.  J'ai plutôt accouché d'un livre!  Oui, c’est bien vrai: un livre avec une magnifique jaquette toute simple, avec mon nom dessus et surtout, rempli de mes mots.
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Je le dis comme ça, sans préambule ni préparation.  Il est déjà écrit, révisé, mis en page, imprimé, le gros kit!  Ma mère m'a trouvé bien cachotière de n'en avoir soufflé mot à personne.  Je dirai plutôt que je ne savais pas jusqu’où ce projet me mènerait. Même si j’ai toujours eu le sentiment que j’écrirais un livre un jour, de façon plus réaliste, je croyais plutôt que mon fantasme resterait un rêve bien enfoui. Je ne voyais donc pas l’intérêt de le partager.
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Mais voilà, le 7 novembre, j’ai accouché de mon bébé. J’ai enfin pu le tenir dans mes mains et le contempler au terme d’une très longue grossesse. Une très longue grossesse débutée alors que je couvais nos jumeaux. J’étais confinée au lit, je n’avais aucune idée de comment ca allait se terminer et jai eu envie de lire des témoignages de parents qui avaient vécu une grossesse gémellaire difficile, en vain. À défaut de lire, j’ai eu envie d’écrire, de documenter les faits et les émotions que l’on vivait. Je savais qu’un jour j’aurais envie de me rappeler ce bout de notre vie.
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Ce fut un processus laborieux et éprouvant. Sept longues années ponctuées de plusieurs pauses pour me permettre de reprendre mon souffle avant d’y mettre le point final. J’aurais pu arrêter avant de me rendre au bout mais j’en avais besoin. C’était ma thérapie, sans divan ni psy, juste moi et mon ordinateur.
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Pendant ces sept années, je suis devenue la référence de mon entourage en ce qui concerne le deuil périnatal. J’ai pu communiquer avec quelques mamans qui passaient par la même épreuve et qui avaient besoin de réconfort qu’ils ne trouvaient pas dans la littérature.
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J'ai écrit la conclusion de mon récit l’an dernier, j’avais besoin de le faire aboutir. Je devais le faire imprimer et relier, pour boucler la boucle, même si ce n'était que pour moi. Parce que je n'avais pas fait tout ça pour l'envoyer à la corbeille.  Puis, il m’a effleuré l’esprit que peut être je pouvais contribuer, de façon bien humble, à combler un vide dans la littérature.
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Tout ça pour dire que je laisse enfin partir mon bébé, en souhaitant qu'il saura se frayer un chemin jusqu'au coeur des gens.

image du livre