J’ai souvent parlé de notre mini, notre #3 qui est venu en paquet de deux, peut-être même plus que ses frères et sœurs.  Nos enfants sont tous uniques, mais lui, il a un petit quelque chose de spécial qui vient chercher autant le meilleur que le pire de nous : il a la capacité de passer d’un extrême à l’autre, dans toutes les sphères de sa vie, sans qu’on s’y en attende.

Un jour, il adore le poisson et nous sommes les meilleurs parents du monde de lui servir son repas favori.  Le lendemain, il se bouche le nez avant même d’avoir vu ce qu’il y a dans son assiette et il refuse de manger.

Un instant, il est calé dans mes bras, me caresse la joue et fait des blagues. La seconde suivante, alors que sa sœur passe trop près de lui, la colère monte d’un coup de ses orteils à ses oreilles et il lui crie de partir la menaçant avec son poing.

On dira sans doute qu’il est trop gâté, qu’il sait trop bien qu’en hurlant il obtient ce qu’il veut, que nous manquons de fermeté, voir même qu’il est mal élevé.  Pourtant, il est né dans la même famille que ses frères et sœurs et ils ont tous eu la même éducation à quelques exceptions près.

Pour avoir vécu le ciel bleu et la mer calme avec nos deux aînés, je peux garantir que ceux qui se permettent de porter un jugement quant aux colères de notre mini n’y connaissent rien à rien. Parce que les colères d’un petit homme TDAH à tendance oppositionnelle ne se comparent nullement aux crises de bacon d’un enfant qui a la capacité de se contrôler. L’intensité et la durée n’ont rien à voir.

Si vous saviez à quel point on se sent démuni, comme parents, dans les moments de crise. Non seulement je sens le jugement dans le regard et le silence des gens qui assistent à la scène, mais au fond de moi, la peur m’envahit parce que je me demande si, au terme de la crise, je retrouverai mon fils.  Parce que dans ces moments-là, je ne le reconnais plus.

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Tel un petit volcan, je peux sentir le grondement annonciateur approcher graduellement quelques minutes, voir quelques heures avant : il s’agite, n’entend plus les consignes qu’on lui donne, il dépasse les limites qu’il connaît trop bien.  Il y a bien une fenêtre de temps permettant de désamorcer la situation mais son ouverture est variable et parfois, je deviens moi-même impatiente et je ne fais que mettre de l’huile sur le feu. Je le sais tout de suite qu’il est trop tard, je sais ce qui s’en vient et tout ce que je voudrais, c’est de prendre mon fils dans mes bras pour pouvoir le protéger, recoller les petites fissures qui se créer trop vite à la surface, mais dans les moments précédents l’éruption, il me repousse, il se débat, il n’y a rien à faire d’autre que d’attendre que ça explose.

D’un coup, ses yeux s’assombrissent, ses joues deviennent rouges, ses petits poings se serrent et son regard devient absent.  Il n’est plus lui-même, c’est comme si quelque chose s’était emparé de lui et qu’il n’avait plus aucun contrôle.  Il entre en éruption et détruit tout sur son passage.  La seule chose qui puisse le soulager c’est de hurler sa colère au monde entier.

J’essaie tant bien que mal d’assurer sa sécurité et la survie des objets qui se retrouvent dans sa mire, l’attirant de force dans un coin où les gens ne le regarderont pas comme une bête de foire.  C’est plus fort que moi : il arrive que des larmes coulent sur mes joues parce que j’ai l’impression de ne pas avoir su protéger mon petit contre lui-même, contre le monde entier dont le regard est rivé sur lui.

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J’aurais envie de crier : « Ne lui en voulez pas, dans 10 minutes, quand la tempête sera passée, vous verrez à quel point il sera le garçon le plus adorable que vous ayez vu.  Il vous dira, madame, que vous êtes magnifiques. Il prendra votre fille dans ses bras quand il la verra triste, monsieur. Mon fils n’est pas un monstre, il est simplement un petit volcan en activité dans lequel bouillonnent une soif d’apprendre et une joie de vivre immense dont on ne peut prévoir l’intensité de l’éruption. »