J’aime montrer le beau côté des choses sur mon blogue, mais la vie n’est pas toujours rose.  On a beau avoir la meilleure capacité à lâcher-prise, la plus grande résilience, parfois, on n’y arrive juste pas.  Surtout quand on parle de quelque chose de tellement important qu’il s’est retrouvé sur notre bucket list, cette fameuse liste de chose qu’on souhaite réaliser un jour.

C’est ce qui nous est arrivé dernièrement et nous y avons laissé plusieurs plumes… et probablement entre 5 et 10 ans d’espérance de vie!

Mon homme et moi avons visité l’Île-du-Prince-Édouard pour la première fois il y a 11 ans.  Le sable rouge, le vent du large, la mer, le calme, nous nous sommes tout de suite sentis bien, comme si c’était chez nous.  C’est vite devenu notre pèlerinage aux deux ans entre lesquels nous nous sentons quand même l’appel du bord de mer et qu’on assouvie en allant passer une fin de semaine sur la côte est du Nouveau-Brunswick ou dans le Maine.  Nos vacances doivent inclure un bout d’océan pour qu’on arrive à décrocher. 

Notre grosse Bertha nous a fait voir beaucoup de beaux paysages depuis 7 ans, mais ses 21 pieds ne suffisent plus à notre famille.  Nos enfants poussent comme de la mauvaise herbe et ont besoin de leur espace.  De notre côté, nous n’avons plus envie de la préparer, l’attacher à la fourgonnette qui prend de l’âge et à qui on ne fait plus complètement confiance. 

Bref, l’idée de la troquer pour un chalet nous a effleuré l’esprit et il se trouve que notre choix d’acheter une maison modeste il y a une dizaine d’années nous ouvre grand la porte pour réaliser notre projet à court terme.

Nous avons passé des centaines d’heures à éplucher les annonces classées, les articles expliquant les avantages et désavantages.  Nous avons analysé quel serait le meilleur endroit géographique.  Nous avons fait des km de route pour visiter tantôt des petites cabanes sympathiques, tantôt une structure en piteux état, mais tous avaient en commun ceci : la vue sur la mer!

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Nous avons fait une première offre, il y a plusieurs semaines, sur un chalet ma foi douteux dont on voyait le potentiel et surtout, avec une vue renversante et une plage à même le terrain.  Les environs étaient calmes, peu habités, c’est ce qu’on aimait.  Nous avons mis beaucoup de temps à s’entendre sur le prix avec le propriétaire et l’inspection a révélé des problèmes majeurs qu’on ne soupçonnait pas du tout.  Nous avons donc revu notre offre à la baisse, ce qui n’a pas plu aux propriétaires.  Tant pis, le chalet fait pour nous devait nous attendre quelque part d’autre. 

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À cause de la distance, l’Île-du-Prince-Édouard n’a pas été tout de suite une option.  Mais à un certain moment, ne trouvant rien qui correspondait à ce que nous souhaitions dans les environs, nous avons accepté de visiter un chalet de l’autre côté du pont, un seul, pour nous donner une idée de la route à parcourir. 

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Nous sommes tombés en amour avec la propriété à vendre.  Nous logions la route bordée par la mer à gauche.  Une petite route de terre à droite le long de laquelle se tenaient fièrement 7 ou 8 petits chalets.  Un milieu d’eux, c’était lui!   Un petit chalet tout en long avec une porte-patio en plein centre et 2 portes jaunes de chaque côté.  Une petite maison juste assez grande pour nous 6, mais pas trop pour ne pas passer notre temps à nettoyer et complètement rénovée du toit au plancher en passant par l’électricité.  Un grand terrain tout autour, une petite route de terre idéale pour le vélo, une grande véranda complètement isolée avec vue sur la mer, et surtout la plage au bout de la rue.  On se voyait déjà installer notre lit dans la véranda pour voir la mer en se réveillant et installer des lits superposés dans la seule chambre pour les enfants.  Même les enfants étaient en amour malgré les trois heures de route pour s’y rendre. 

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Nous n’étions pas rendus à la maison qu’on contactait l’agent d’immeuble pour qu’il prépare l’offre d’achat.  C’est là que tout s’est gâté : nous avions le rêve de notre vie à porté de main, il s’est également accroché solidement dans nos cœurs si bien que chaque petite embûche nous semblait une montagne.

Quand on y repense, ce n’était pourtant pas grand-chose pour posséder un pied à terre sur cette île qu’on aime tellement et ce, pour le reste de nos jours.  Mais quand personne ne semble comprendre à quel point c’est important, qu’on n’a aucun contrôle (et dieu sait qu’il y en a des acteurs impliqués dans l’achat d’une maison), on n’arrive plus à se raisonner.

J’épargnerai les détails, mais disons que les délais se sont allongés, que nos quelques jours de vacances en famille ont été passé à se ronger les sang alternant téléphones et courriels pour faire avancer les choses et que ça aura pris un mois (après la date de clôture initiale) d’angoisse et de frustration avant de pouvoir finalement conclure la vente.  Nos pauvres enfants ont subit notre manque de patience et notre grande fatigue.

Toutefois, on a pu avoir la certitude que c’était le chalet qui nous était destiné quand, pendant les dédales administratifs, nous avons pu parler, complètement par hasard, avec la propriétaire directement.  Anne est une femme absolument merveilleuse qui laisse partir ce bout de sa vie à regret, mais dont on a pu mettre un petit baume sur le cœur.  Elle nous a accepté avec grand plaisir de nous laisser le chalet pour notre dernière semaine de vacances et qu'on puisse commencer à apporter des meubles même si c’était loin d’être conclu.

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Demain, nous prendrons enfin la route pour nous rendre à NOTRE chalet.  Notre petit hâvre de paix où nous pourrons déconnecter du reste du monde l'instant d'un week-end.  Nous allons boire un verre de mousseux avec Anne qui nous racontera les souvenirs endormis dans les murs de notre nouveau chez nous et nous célèbrerons le fait que la vie nous ait mis sur la route l’une de l’autre pour que le chalet continue d'accumuler les éclats de rire et le sable rouge.

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