Ma chérie, mon enfant

Chaque année à la même date, je ressens le besoin de t’écrire une lettre, de te rendre hommage.  Parce qu’il y a 8 ans, le 13 septembre est passé d’une date ordinaire parmi toutes les autres au calendrier à un moment où notre vie a basculé.  Un moment qui a pris place dans nos trippes et que nous ne pourrons jamais oublier.  Je me souviens de chaque seconde, de chaque minute de cette journée comme si c’était hier. 

Je me souviens de ma légèreté pendant le trajet pour nous rendre à l’hôpital pour un rendez-vous de routine.  La main sur le ventre, je vous caressais tous les deux en attendant de pouvoir vous voir à l’écran.  Je me souviens de mon bonheur de revoir notre technicienne préférée et de lui avoir parlé de ta grande sœur qu’elle avait vue si souvent à l’écran pendant la grossesse.  Je me souviens de l’odeur antiseptique et la fraîcheur du gel sur mon ventre, de la sensation de la sonde promenée de droite à gauche et de haut en bas.  Je me souviens du grand vertige soudainement ressenti quand j’ai vu ton petit cœur immobile, comme si je me tenais sur le rebord d’un édifice de 50 étages.  Je me souviens de la pression sur ma cheville que ton papa a exercée au même moment, comme s’il essayait de s’y agripper pour ne pas perdre pied.  Je me souviens du silence lourd qui régnait alors que la technicienne cédait sa place au médecin.  Et lorsqu’elle nous a annoncé ce que nous savions déjà, il y a eu cette longue chute pendant laquelle je n’avais plus de repère autre que la fatalité. 

Tu vois ma chérie, ça fait 8 ans et je n’ai oublié ni une seule seconde, ni une seule des sensations vécues ce jour-là.  Ni d’ailleurs des 6 mois que tu as passé en vie dans mon ventre, non plus des 3 mois suivants à te bercer doucement, encore moins de notre rencontre.

Ma belle Florance, j’ai eu le bonheur de te porter à chaque seconde de ta petite vie et j’ai maintenant celui de t’aimer à chaque seconde de la mienne.  Mais si les 364 autres jours de l’année je peux affirmer que le temps apaise la douleur, qu’on peut être heureux de nouveau après avoir vécu un tel drame, le 13 septembre, je suis forcée d’avouer que le chagrin ne disparaît jamais complètement.

13septe2018

Je t’aime xxx