Depuis un an, ma vie défile à 100km/h sur tous les plans, mais particulièrement côté travail.  C’est d’ailleurs un aspect de ma vie sur lequel je ne me suis jamais étalée et qui prend pourtant beaucoup de temps.  Je travaille au même endroit depuis plus de 12 ans.  J’ai été engagée comme enseignante de français langue seconde auprès d’une clientèle adulte.  Il y a bien eu trois congés de maternité ainsi qu’un an sans solde dans mon parcours, mais depuis un peu plus de 3 ans, j’occupe un poste un peu plus important (et complexe!) qui me permet de garder un pied dans l’enseignement tout en partageant les tâches administratives et décisionnelles de notre équipe avec ma complice de toujours.

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J’imagine que quand on me regarde aller dans l’école, j’ai sans doute l’air d’une poule pas de tête passant d'une salle à l'autre dans un ordre qui ne comporte aucune logique.  Les projets et les dossiers s’accumulent sur le coin de mon bureau si bien que je prends rarement une « heure de dîner ».  Je mange en lisant les derniers courriels quand ce n’est pas carrément en faisant faire les devoirs des enfants après l’école.   Il m’arrive de retourner au travail le soir ou la fin de semaine juste pour mettre quelques guirlandes parce que je n’ai pas le temps pendant la journée. 

Le soir, je prépare le plan du cours privé du lendemain, je réfléchie à la meilleure façon de régler un problème, j’épluche les sites d’annonce pour trouver un appartement pour un futur enseignant qui souhaite s’installer dans la région. 

Parfois, je me dis que je devrais ralentir un peu.  Après une journée où les problèmes se sont succédé sans avoir pu trouver de solutions, je me demande si ça en vaut la peine.

Prenons par exemple la journée d’aujourd’hui.  Je suis arrivée au bureau à 7h55 avec un agenda bien garni. J’ai enfilé les rencontres individuelles pour aider les étudiants à se préparer à leur examen oral qui approche et les cours privés avec des commandants.  Mon dernier rendez-vous a été écourté et j’aurais pu quitter le bureau un peu plus tôt sans remord, en profiter pour aller lire un bon roman à la maison avant le retour des enfants, mais sachant qu’un de nos étudiants éprouve plus de difficulté malgré qu’il bûche comme pas un, j’ai pris ce temps pour le rencontrer et lui offrir une petite session d’aide particulière. En sortant de ma salle de classe, il m’a remerciée de façon très sincère d’avoir pris le temps de travailler avec lui.

Alors que j’avais mon manteau sur le dos et mes bottes de poils aux pieds, ma collègue s’est mise à lire à voix haute un courriel fraîchement reçu qui s’adressait à nous deux.  C’était un message provenant d’un étudiant qui avait fréquenté notre école jusqu’à l’été précédent et qui était venu nous voir l’automne dernier parce qu’il devait obtenir une cote linguistique élevée ce qui lui permettrait de changer de carrière.  Nous avons pris le temps de trouver les services appropriés, de faire des démarches et de lui fournir du matériel.  J’ai également pris du temps pour faire deux simulations par téléphone peu avant son examen afin de lui donner des conseils supplémentaires qui lui permettraient d’atteindre son objectif.  Dans son courriel, il nous apprenait qu’il avait enfin eu son résultat : il avait obtenu le résultat tant espéré et il voulait prendre le temps de nous remercier de tout ce qu’on avait fait pour lui.  Il insistait sur le fait qu’il n’y serait pas arrivé sans notre aide précieuse. 

Je ne mentirai pas, quand j’ai su son résultat, j’ai poussé un cri de victoire comme si c’était mon propre résultat.  Il a travaillé si fort pour y arriver, il a suivi chacun de mes conseils, j’étais vraiment contente qu’il ait réussi.

Pendant le chemin du retour, je n’ai pas pu m’empêcher de constater que c’était grâce à eux (et tous les autres) que j’aimais autant mon travail.  Ils sont la raison pour laquelle je ne compte pas mes heures.  C’est pour eux que je cours comme une poule pas de tête chaque jour avec autant de plaisir!