S’il y a une chose que j’ai comprise depuis l’arrivée de mon premier rejeton, c’est bien le fait que les principes, c’est merveilleux en théorie, mais en pratique, c’est une autre paire de manches.  Ceux qu’on avait AVANT d’être parent n’existent probablement même plus! Vous savez, ces petites phrases typiques du genre : « Moi, mon enfant ne fera pas le bacon à l’épicerie parce que je lui refuse une boîte de biscuits. Il va apprendre rapidement que quand je dis non, c’est non et il n’a pas à discuter. »  alors qu'une fois le petit en plein terrible two, on se dit qu'après tout, une boîte de biscuits ce n'est pas très cher payé pour rester sain d’esprit.  Avouez que vous avez aussi balayé quelques principes sous le tapis à un moment ou un autre!

Il y a toutefois une valeur qui m’a toujours semblée aussi importante à inculquer à mes enfants : leur liberté s’arrête où celle des autres commence.  Même si les règles sociales tendent à changer tranquillement et que le silence absolu n’est plus de mise à la bibliothèque, je suis inflexible sur leur comportement dans les endroits publics. 

Cependant, j’ai trop souvent l’impression que nous sommes les seuls parents à penser ainsi.  Avez-vous remarqué que la phrase préférée des parents milléniaux quand quelqu’un ose jeter un regard de travers à leur progéniture est : « Mais c’est un enfant, on ne peut pas l’empêcher de vivre quand même! » 

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Vous comprenez bien que j’ai été témoin d’une situation plutôt discutable pendant la fin de semaine.  Tout a commencé lorsque je suis allée dîner avec ma grande fille dans un restaurant familial.  Dès que je m’assois, je vois une bonne douzaine d’enfants portant tous la même tuque, le même manteau et arborant tous la cravate à 9 ou 10 ans maximum.  À la table voisine, la même quantité d’adultes qui étaient vraissemblablement leurs parents.  Du moins, c'est ce que j'en ai déduit après avoir entendu un des enfants s'égosiller à grand coup de: « Maman, MAMAN » pendant notre présence.

Peu après notre arrivée, les serveurs sont arrivés avec des assiettes plein les mains tentant désespérément de déterminer quel enfant avait commandé quoi parce qu’ils ne semblaient pas s’en rappeler.  Je m’attendais à ce qu’un des parents se lève pour aller aider à la distribution des plats, mais le seul qui soit intervenu s’est contenté de lancer un vague : « c’est à lui là-bas » brandissant un doigt mou vers la trâlé.  C'est pas mêlant, j’avais juste envie de me lever et d’aller donner un coup de main aux pauvres serveurs. Ne croyez pas que je voulais être indiscrète, mais ils étaient directement devant moi et je pense que tout le restaurant a noté leur présence.

Les petits héritiers ont engouffré rapidement, entre deux « maman, MAMAN » restés sans réponse et ont laissé tomber leur fourchette tous en même temps pour se ruer dans la minuscule salle de jeux de l’endroit de l’autre côté du restaurant. 

Bon.  Je ne suis pas meilleure qu'une autre, mais quand mes enfants veulent aller jouer dans la salle de jeux du restaurant, ils ont droit à un rappel bien clair: « C’est un endroit public où les serveurs se promènent avec des cabarets.  On marche, on parle calmement, on fait attention aux jouets, on ne se chicane pas et à la moindre incartade, c’est terminé.  Compris? »  Si mes deux aînés ont des comportements exemplaires dans les lieux publics, mon mini a une tendance certaine à vouloir tester les limites et son petit frère se laisse facilement entraîner.  Je les connais mes enfants, je sais ce dont ils sont capables, je m’assure donc régulièrement qu’ils se souviennent ce dont on a parlé en jetant un œil.

De toute évidence, la gang de joyeux lurons n’ont pas eu droit au-dit rappel des règles de vie dans un lieu public avant notre arrivée, non plus au moment de traverser la salle à manger à la course tel un troupeau d’éléphants.  Je me tourne vers les adultes croyant qu’un d’entre eux allait réaliser leur oubli en les entendant hurler et rire à l’autre bout du restaurant.  Je lance un regard vers la salle de jeux : le givre des vitres ne pouvait pas cacher le mouvement certain qu’il y avait là-dedans.  Quinze minutes.  Quinze minutes à s’amuser bruyamment, à rire comme s’ils étaient seuls au monde, mais surtout sans qu’aucun adulte n’ait jeté un coup d’œil pour s’assurer qu’ils n’étaient pas en train de tout détruire.  Parce qu’on sait tous qu’une douzaine de garçons de 10 ans, ça fait sagement des casse-têtes ou ça regarde calmement un livre assis sur un coussin! 

Je pensais avoir tout vu jusqu’à ce que la serveuse arrive avec un plateau de crème glacée sur bâton à la table des enfants (sans aucun doute dans l’espoir qu’ils quittent la place au plus vite) que quelques petits sentent la bouffe et daignent revenir… pour mieux retourner dans la salle de jeux avec le bâton à la main et la crème glacée dégoulinant sur leurs doigts et le plancher.  Ai-je besoin de spécifier que les parents n’ont pas jugé bon les retenir pour qu'ils terminent demanger avant de retourner jouer. 

Au départ, j’ai jugé ces petits monstres gros comme le bras : franchement, ils ne savent pas se conduire au restaurant.  Puis, je me suis ravisée et j’ai statué que c’était plutôt le comportement des parents qui laissaient à désirer ce midi-là.  Je me suis demandé ce qui justifiait leur flagrant et exagéré « lâcher-prise ».  Étaient-ils épuisés de leur fin de semaine avec leurs héritiers trop bruyants?  Moi aussi pourtant, c'est justement la raison pour laquelle j'allais au restaurant avec ma grande: pour relaxer un brin avant de reprendre la route.  Ont-ils, pour philosophie, que ce ne sont que des enfants et qu’ils ont besoin de bouger et faire du bruit?  Croyaient-ils qu’ils avaient le droit de prendre possession des lieux malgré les autres clients présents vu la grosseur de leur groupe?

Bien entendu, je ne suis pas allée leur poser la question, je me suis contentée de payer rapidement et de quitter avec ma grande qui a soudainement constaté que ses trois frères n'étaient pas si terribles finalement!