Un jour, j’ai doublement porté la vie.  Dans mon ventre, il y avait un petit garçon vigoureux et une petite fille douce et calme.  Des jumeaux que nous aimions déjà plus que tout au monde et pour qui nous avions de grands rêves.  Et puis, un cœur a cessé de battre et je me suis mise à écrire et à écrire pour ne rien oublier.  Je voulais me souvenir de chaque minute, chaque seconde.  Ne rien oublier des joies que me procuraient les pirouettes de notre petit bonhomme en construction, non plus de la tristesse causée par l’absence de mouvement de sa jumelle. 

Ce fût difficile par moment, il m’a fallut prendre de grandes pauses parce que chaque moment d’écriture ravivait la plaie encore trop fragile.  Mais il me fallait le faire pour mettre des mots sur ces émotions impossible à nommer, c’était ma thérapie.  Je croyais qu’une fois le dernier mot tapé, j’allais pouvoir fermer ce livre.  Que je me sentirais prête à continuer ma vie sans elle, mais ce ne fût pas le cas.  Je ne pouvais pas avoir fait tout ce travail et le laisser mourir sur un disque dur. 

Je me suis souvenue du nombre d’heures que j’avais passé à chercher des histoires similaires à la nôtre auxquelles j’aurais pu m’accrocher pendant la tempête.  Le deuil périnatal, la fausse-couche, ça touche 20% des grossesses, mais le fait de porter la vie et la mort en même temps, ce n’est pas aussi répandu. 

J’ai toujours su que Florance nous avait choisi parce que nous n’allions jamais l’oublier, mais j’avais envie de lui donner un peu plus et de la faire vivre à ma façon.  Sa vie aura été trop courte, mais elle allait pouvoir apporter un peu de douceur dans la vie des gens à sa façon. 

Toutefois, j’étais loin de me douter qu’elle voyagerait autant ma fille.  Qu’elle toucherait autant de gens.  J’étais loin de me douter que moins d’un an et demi plus tard, plus de 150 copies allaient avoir trouvé un foyer, non plus qu’une dizaine se retrouverait à la librairie du Québec à Paris.  Je ne me serais pas douter une seconde qu’elle me permettrait de voyager de La Sarre à Campbellton, que les intervenants de la santé auraient envie de m’entendre pour mieux comprendre ce que vivent les parents endeuillés. 

Ma petite buse, les autres diront que ce sont mes mots qui portent fruit, mais moi je sais que c’est toi qui me les souffles dans le cœur.  C’est toi qui me donnes la confiance et la patience dont j’ai besoin.  Je t’aime. 

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