Le rose, c'est pour les filles?
Je suis une bibite bizarre qui garde des souvenirs extrêmement précis de certains événements de ma vie. Au point où je me souviens du décor, ma position exacte, la discussion quasi mot-à-mot. Il y a quelques jours, je me suis souvenue d'une conversation avec l'homme de ma vie. Notre plus grande bête était encore un bébé, c'était donc lorsque nous habitions notre première maison, nous étions dans la salle de bain du premier étage, côte-à-côte devant le miroir. Je ne me souviens pas ce qui a déclenché la discussion, sans doute un commentaire stéréotypé entendu ailleurs et j'ai eu envie de mettre l'homme en garde : chez nous, jamais notre garçon n'allait entendre que le rose c'est pour les filles ou sentir un malaise parce qu'il joue au papa avec une poupée. Jamais il n'allait entendre de propos homophobe non plus. Non pas que j'étais en train de monter au front pour défendre la cause, mais j'avais vu tout le malaise, la distance que ça pouvait créer dans une famille. Mon homme était quand même curieux de savoir pourquoi ça me tenait tant à cœur. Mon explication a été toute simple: l'homosexualité, ce n'est pas un choix, ça ne s' acquiert pas par influence, c'est juste comme ça. Si un de nos enfants était homosexuel, on ne pourrait rien dire ou faire pour que ce soit autrement. Par contre, ce sur quoi on pourrait avoir de l'influence c'est la confiance en lui et surtout en nous qu'il développerait face à tout ça. Je ne voudrais pas qu'il nous le cache pendant des mois, ou encore pire des années, par crainte de notre réaction, juste parce qu'un jour il aurait entendu un commentaire laissant croire qu'il nous décevrait. Évidemment l'homme a été d'accord avec ce point de vue, et même s'ils cadrent avec plusieurs stéréotypes, fi-fille joue aux camions et à la guerre avec ses frères (quoiqu'elle aime bien le rôle de la princesse avec son épée), les garçons ont bu dans des verres roses (ils préfèrent les bleus c'est certain mais c'est la règle du « premier sur le bord » qui prime parfois) et pour eux autant que pour nous, c'est tout à fait normal.
Mais c'est la semaine dernière que j'ai constaté qu'on avait réussit notre job de parents sur ce plan : c'est la semaine de la gentillesse à l'école de mon grand. Il était prévu que mercredi, les enfants portent un chandail rose pour contrer l'intimidation. Je lui ai proposé son chandail bleu et orange-saumon qui pourrait facilement passer pour du rose, il m'a dit que ce n'était pas assez rose. Je lui en ai donc acheté un sans équivoque pensant qu'il aurait une réticence à le porter mais ça été tout le contraire, il m'a dit qu'il était cool et il a eu bien du plaisir à l'agrémenter à sa façon histoire de sensibiliser ceux (et peut-être celles) qui auraient envie d'intimider les garçons qui oseraient porter du rose, parce que après tout, ce n'est qu'une couleur. Mais voilà que c'était la tempête mercredi et fiston était bien déçu. Il a tout de même porté son chandail à la maison et tient à le garder précieusement jusqu'à l'an prochain :)








