Je partage rarement nos malheurs mais ce soir, je pense que c'est absolument nécessaire et vous comprendrez pourquoi à la fin de votre lecture.

Cet après-midi, quand je suis revenue du travail avec le petit dernier que j'avais été chercher à la garderie, il y avait de la viande et des pommes de terre en cours de cuisson. Le temps de vider ma boîte à lunch, l'homme est arrivé derrière moi me disant qu'il avait commencé le pâté chinois qui servirait de dîner le lendemain. J'ai commencé à lui raconter ma journée et me retournant pour lui faire face, je l'ai vu s'approcher pour brasser la viande en boitant. "Hum, qu'est-ce qui s'est passé?" que je lui ai demandé ne comprenant pas comment il avait pu se faire si mal en quelques minutes puisqu'il m'avait textée pour jaser du dîner du lendemain et il n'avait pas fait mention d'une quelconque blessure. "Oh rien de grave, nous avions du sport à 13h et je me suis tordu le genou en jouant au basket-ball." qu'il me répond comme si c'était la chose la plus banale du monde. "Ça semble enflé, pourrais-tu juste t'asseoir et mettre de la glace?" Il a obtempéré sans même s'obstiner, j'ai compris que ce n'était pas qu'une simple ecchymose mais j'étais loin de me douter du sérieux de la chose. Il a retiré les casseroles du feu, a saisi la glace et la débarbouillette en me disant qu'il en avait mis plusieurs fois déjà mais que ça ne changeait rien, tout ça pendant que j'assimilais l'information lentement sans bouger.

J'ai profité du fait que j'avais fini de travailler tôt et qu'il était sagement allongé pour faire des téléphones urgents. Il en a profité pour se lever en douce et commencer le souper. Il semblait presque bien allé alors j'ai cru qu'il allait mieux. Pendant le souper, il a laissé passer quelques informations ici et là qui m'ont fait comprendre que c'était plus sérieux qu'il ne le laissait paraître: il avait dû cesser de jouer dès que c'était arrivé à 13h15, qu'il avait eu du mal à conduire la voiture pour revenir à la maison et qu'il avait déjà avisé son patron qu'il allait devoir aller à la clinique médicale demain matin.

Il avait l'air en piteux état: il peinait à se lever debout et ne pouvait pas mettre de poids sur son genou et pourtant, je n'arrivais pas à le convaincre de rester assis plus que 10 minutes. Ce n'est qu'en lui proposant d'écouter un épisode d'une émission que l'on suit pendant que les enfants étaient tranquilles au sous-sol et en l'envoyant ensuite coucher le petit dernier (ce qui implique de rester assis près de lui pendant 30 minutes minimum) que j'ai pu le garder au repos quelque temps et en profiter pour faire toutes les tâches obligatoires (vaisselle, lunch, ramassage, mettre la récupération au chemin, superviser les tâches des enfants, etc.)

Tout ça pour dire qu'on parle souvent des hommes et de leur grippe affreuse qui les handicapent et bien chez nous c'est bel et bien un mythe. Ici, c'est moi qui cesse complètement de fonctionner quand j'ai une migraine au point de dormir toute la journée sachant très bien que si je ne le fais pas, elle durera plusieurs jours alors que lui a trop d'orgueil pour seulement m'aviser qu'il est blessé et qui fait comme si rien n'était pensant peut-être que je ne le remarquerai pas.

Je sais qu'il n'est pas le seul à être comme ça, ce n'est pas typiquement masculin non plus féminin mais plutôt propre à chacun alors je dirai ceci à tous ceux qui ont l'orgueil plus gros que le bon sens: ce n'est pas un signe de faiblesse que d'appuyer sur pause une fois de temps en temps et d'accepter que c'est une nécessité, ce serait même plutôt le contraire si vous voulez mon avis.

Et je l'avoue, j'aime prendre soin de mon homme et avoir l'impression d'être essentielle pendant un instant, pour autre chose que le travail d'équipe auprès des enfants je veux dire!