Cette phrase n'aura jamais été aussi vraie que pendant la fin de semaine. Tout a débuté quand nous avons décidé de partir à l'aventure et d'aller passer la fin de semaine à Edmunston où avait lieu le salon du livre francophone. Ça me manquait terriblement de pouvoir feuilleter autant de livres en français que j'en avais envie. Je voulais faire découvrir à mes enfants le bonheur de rencontrer ceux qui meublent leur imaginaire.

Samedi matin, alors que nous faisons les 4 ou 5 kilomètres qui séparent notre hôtel du salon du livre, nous passons devant un cimetière. Mini se met alors à parler de sa jumelle décédée pensant qu'elle y est enterrée. Fi-fille lui explique que Florance n'a pas été enterrée ce qui le trouble profondément : dans sa tête d'enfant, si elle n'a pas été enterrée, il ne peut pas aller la visiter. Sa sœur lui explique que Florance est un ange, ce à quoi il s'objecte parce qu'un ange a des ailes et qu'on peut le voir. Florance est plutôt une étoile, à preuve : on peut la voir le soir! Il s'en suit un début de dispute entre eux deux et puisque ce n'est ni le moment ni le lieu idéal pour tenir une longue conversation sur la mort, je leur dit simplement que chacun a le droit de croire ce qui lui fait du bien. « Ça veut dire que je peux croire qu'elle est avec moi et faire comme si je l'amenais partout? » qu'il me demande. Je lui réponds qu'il en a effectivement le droit, mais que ça peut être curieux dans les endroits publics.

En arrivant dans le stationnement du salon du livre, il explique à Florance où on est et s'assure qu'on ne ferme pas la porte avant qu'elle ne soit sortie de la voiture elle aussi. On n'argumente pas, mais on souhaite fort que ça ne dure pas trop longtemps! Nous informons la dame à qui on doit payer le droit d'entrée que nous sommes deux adultes et quatre enfants. Sans aucune gêne, mini s'interpose : «On est 5 enfants en fait, il y a ma sœur morte avec moi aussi. » On passe vite sur le commentaire, on fait comme si de rien n'était, histoire d'éviter un malaise déjà bien installé.

Nous marchons ensuite tous les six, prêts à découvrir de beaux livres. Avant même d'entrer dans la salle principale, il y a quelques petits kiosques qui ne nous semblent pas dans le créneau qui nous intéresse : les auteurs aux cheveux gris se tiennent devant des livres de croissance personnelle alors qu'on cherche plutôt à ramener des livres pour enfant et des chick lit!  Au milieu d'eux, un livre capte l'attention de mini. Un livre tout rose. Il s'arrête et scrute le livre : « Maman, c'est un bébé, regarde. » Tout de suite, je reconnais le livre dont j'ai beaucoup entendu parlé depuis quelques semaines : Naéva, ma princesse, mon ange. Je lui explique que c'est l'histoire d'une petite fille qui est décédée et qui est désormais un ange comme sa sœur.

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C'est à peu près à ce moment que je réalise que Josée, l'auteure du livre et maman de Naéva, est debout derrière la pile de livres et sourit en écoutant ma réponse. Je lui explique avoir suivi l'histoire de Naéva sur les réseaux sociaux. Elle m'explique à quel point l'écriture fût un long processus et qu'elle a eu de la difficulté à sauter le pas pour le faire publier puisqu'il s'agissait d'étaler au monde entier son intimité. J'ai l'impression de converser avec moi-même et je lui explique rapidement que venant tout juste de publier la trop courte histoire de Florance, je comprends exactement ce qu'elle me raconte. Nous prenons le temps de jaser de Naéva et de Florance pendant qu'elle me dédicace le livre que je viens de me procurer avec bonheur.

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L'homme entraîne les enfants un peu plus loin pour que nous soyons tranquilles. C'est alors que l'aîné, qui a suivi la conversation plus qu'on ne le pensait, demande à son père s'il est pire de ne pas avoir pu connaître sa sœur et de ne pas avoir de souvenir ou alors de perdre un enfant quand il est plus vieux et qu'on a eu le temps de construire plein de souvenirs, mais qu'on l'a vu souffrir. Il n'attendait pas de réponse, il avait surtout envie de partager la réflexion qui s'était amorcée dans sa tête d'adolescent. De toute façon, existe-t-il vraiment une bonne réponse à cette question?

En soirée, de retour à l'hôtel, j'amorce la lecture du livre rose avec la grande curiosité de connaître un peu plus l'histoire de Naéva et le ressenti de sa maman, mais également un peu à contre coeur parce je sais qu'il sera trop vite lu! Josée a débuté l'histoire exactement au même endroit où j'ai débuté celle de Florance, c'est-à-dire au moment du coup de foudre entre son homme et elle. Hasard? Non, j'ai plutôt le sentiment que nous étions dues pour nous rencontrer l'espace d'un instant.

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J'en ai eu la confirmation lorsqu'un peu plus tard, le même soir, j'ai remonté le fil de sa page Facebook et que j'ai réalisé qu'elle collaborait depuis peu au blogue de Parents Orphelins: j'avais fait la révision de quelques-uns de ses textes sans même le savoir!

Samedi matin ce n'est pas par hasard que nous nous sommes rencontrées, c'était définitivement un rendez-vous.

 

Vous pouvez vous procurer "Naéva, ma princesse, mon ange" aux Éditions de la francophonie

Vous pouvez également suivre Josée Drapeau sur sa page Facebook Naéva, ma princesse, mon ange - le livre

 

*Citation de Paul Éluard